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Chronique de Maryse Bouthillette

(Haïti)

 

Chronique à deux mains

Partie 1

 

Le pays ne m’étrange plus. Je reconnais cette terre de souffrances, cette terre maudite des dieux, ce cadeau empoisonné, pourtant si merveilleusement emballé.

 

Les miséreux attendent à la queue-leu-leu, qui pour un manuel, qui pour son écolage, qui pour soigner une malaria, des maux de dents, et j’en passe. Toute la journée, la misère humaine défile sur notre patio. Maryse s’en charge ; Michel soutient ; parfois, je m’assois et j’écoute.

 

À l’aube, le coq chante le réveil du jour. Comme un cri vital révélant son énergie de vie. Prêt à se battre, le cas échéant, pour sa survie : une leçon estimable.

 

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Johanne Décilien

 

Une jeune femme se présente, essoufflée, sur le patio. Elle raconte :

 

« Johanne, la fille de mon amie doit être opérée demain. Ses poumons sont remplis d’eau. Lorsque l’eau se rend à son cœur, ça lui fait horriblement mal. L’opération coûte 5000 $ HT. Nous avons réussi à amasser 4 000 $. Il manque mille dollars : la jeune fille de douze ans, ne pourra pas être opérée. Johanne va mourir. L’hôpital refuse les quatre mille dollars, ce n’est pas suffisant pour couvrir les frais. Est-ce que vous pouvez donner 1000 $ pour sauver Johanne ? (125 $ US) »

 

La somme est importante. Bien que Maryse connaisse la demanderesse, elle vient me chercher.

 

J’écoute. Les symptômes ressemblent étrangement à ceux ressentis par papa en septembre dernier : œdème pulmonaire affectant le cœur. La description juste des symptômes nous rassure.

 

Si on donne 100 $  US, est-ce que vous pouvez trouver la différence ?

 

Le visage de la pauvresse se transforme en soleil d’été. Oui, répond-elle.

 

De chaudes accolades font exploser son émotion. Du coup, la nôtre se fusionne à la sienne. Elle repart à toute vitesse, l’urgence presse.

 

Aujourd’hui, grâce à notre travail quotidien, la vie d’une fillette de douze ans vient d’être sauvée.

 

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M. Louis

 

M. Louis expose ses statuettes sur le parvis. J’en achète de très jolies et en commande d’autres, en particulier des mères avec bébé ou des jeunes femmes en ceinture.

 

Ensuite, il nous raconte. Sa pauvre femme diabétique, amputée un bras l’an dernier, est décédée dimanche. La gangrène aura vaincu son corps usé. La pauvreté aura revêtu le costume du diabète. « Tous ces frais d’hôpital, se désole-t-il, et elle est morte pareil. »

 

M. Louis nous demande des sous afin d’enterrer convenablement son épouse. Les frais funéraires sont énormes. Selon les croyances vaudou, le respect des rites est d’une importance existentielle pour les survivants. Lorsque le rituel n’est pas respecté, l’esprit du défunt se venge brutalement. Sans compter la honte et l’opprobre pour le pauvre mari, qui pourtant a déployé tous les efforts pour la soigner et la sauver. Maryse et moi comprenons son désarroi. D’autant que sa femme originaire des Cayes doit y être enterrée.

 

Cependant, nous priorisons l’éducation et la santé. Nous avons contribué des sommes importantes pour les soins l’an dernier. Jodi a, nous refusons. M. Louis s’en retourne triste et découragé.

 

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Madame Angela

 

Mme Angela a vieilli. Maryse trouve inhumain de lui commander nos fruits et nos légumes. « Mon petit-neveu m’accompagne, et c’est lui qui porte… », rassure-t-elle.

 

Non seulement c’est son gagne-pain et celui de sa nièce, mais c’est aussi sa raison de vivre et sa fierté. Nous continuerons à utiliser ses services. Le courage de cette petite vieille impressionne !

 

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École secondaire Saint-François d’Assise

 

Ma première journée pédagogique au secondaire. Le registre diffère. En Haïti, on utilise presqu’uniquement le raisonnement déductif pour l’apprentissage.

Moi : Qu’est-ce qu’un raisonnement déductif ?

 

Le professeur de mathématiques : Le syllogisme est un raisonnement déductif.

Moi : Un exemple ?

 

Le prof. de français : Tous les hommes sont mortels ; Pierre est un homme ; donc, Pierre est mortel. 

Puis, le professeur de créole : Ce qui est bon marché est rare : ce qui est rare est cher ; donc, ce qui est bon marché est cher. Trouvez l’erreur.

 

Moi : ! ? !

 

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M. Bonhomme

 

M. Bonhomme est le gardien de la maison de Patrick, le Français qui m’a invité à son mariage l’an dernier.

 

28 ans, marié, deux fillettes, un jeune homme sympathique, droit et ambitieux d’améliorer sa situation. Depuis août, Michel l’initie à l’informatique. En contrepartie, il lui rend des services.

 

M. Bonhomme se construit une maison. Michel lui suggère de nous présenter une demande. Fier, Bonhomme (Jean-Emmanus Pierre-Louis) hésite. Il ne veut pas quêter.

 

Le cas de Bonhomme est intéressant. C’est un brave jeune homme qui travaille fort pour s’en sortir. Il est soucieux d’offrir une éducation de qualité à ses filles afin que leur sort soit moins pénible que ce que lui-même a vécu.

 

Michel accompagne Bonhomme. Les fondations de pierres sont déjà érigées. Il a besoin d’un camion de sable et de 10 sacs de ciment pour monter les murs : deux oncles boss-maçons et un neveu fourniront gratuitement la main d’œuvre, contre le repas du midi. Bonhomme. Lui, brassera le ciment.

 

L’aide demandée : 100 $ US. Michel lui donne la réponse par dès le lendemain.

Peut-être parce qu’il me rappelle ma jeunesse, son bonheur me touche.

 

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Papatanm

 

En nous rendant à pied à Papatanm, hameau niché dans les montagnes, après l’ascension de deux côtes abruptes, Michel me fait remarquer: « L’an dernier, quand nous sommes arrivés, il y avait un terrain ; quand nous sommes repartis, il y avait une école ! »

 

C’est vrai, mais il reste beaucoup à faire. Les récoltes de la saison et plusieurs animaux domestiques, plusieurs chaumières ont été emportées par les eaux du cyclone Gustav.

 

Résultat : plus de la moitié des enfants ne fréquentent plus l’école. Sans écolage, pas de salaire pour les enseignants, ou si peu. 

L’école est en ruine, bien que l’édifice érigé l’an dernier ait bravement tenu le coup.

Objectifs visés pendant notre séjour :

 

1.                  Remettre l’école sur pied.

2.                  Instituer un système qui se poursuivra après notre départ (développement durable).

3.                  Terminer les travaux de construction : crépissage, enduit et peinture (grâce à une seconde subvention du Diocèse catholique de Berne).

4.                  Meubler l’école (grâce à une subvention de Minta Saint-Bruno).

 

À trois, on se partage les tâches : Michel, les travaux de construction; Maryse et moi, la pédagogie et le mobilier. Mais d’abord, une rencontre au sommet avec le directeur, notre unique Pasteur Hilaire, et son fils Jonas, le sympathique censeur[1].

 

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Olriche Tataille

 

Olriche Tataille, jeune homme que nous avons assisté sensiblement pour ses études en pose de céramique l’an dernier, nous a montré fièrement son certificat. Il commence à travailler; il a remboursé les 700 $ qu’il devait à son école et a amassé 400 $ pour l’achat d’une machine-coupe. Bravo !

 

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La demi-lune

 

Avant l’aube, j’ai déjeuné sur le patio au clair de la demi-lune. Tu te rends compte ? Le 17 janvier, se sustenter à l’extérieur, en pleine nuit, vêtu d’un pantalon court et d’un T-shirt. Incroyable !

 

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Réunion sur Papatanm

 

Début de la rencontre. Je demande au pasteur de faire la prière. Il accepte volontiers. Puis, je rappelle que nous les Québécois, nous adresserons en français, alors que les Haïtiens s’exprimeront en créole afin que les idées soient énoncées le plus clairement possible. Puis, je remets à Pasteur Hilaire et à son fils les cadeaux préparés : une photo  encadrée 8 x 10 du pasteur devant la maison paternelle avec ses deux parents (sa mère est décédée l’an dernier) ; la même photo 5 x 7 pour son fils Jonas. Hilaire est profondément touché. Les échanges étant productifs, tous se congratulent et se remercient.

 

Pour clore l’entente, à défaut d’un calumet de paix ou d’un seing royal, j’offre les biscuits que Marie-Thérèse a si gentiment préparés avant mon départ.

 

« Sé Mandam mwen ki te fè bonbon yo. » Comme le pasteur est protestant fondamentaliste baptiste, j’ajoute : « Attention, ce sont des biscuits catholiques !

 

Jonas n’en fait pas de cas, mais son père, l’honorable pasteur, effrayé, stoppe la main de son fils, puis interroge : « Est-ce qu’il y a l’hostie dans les biscuits ? » Maryse, Michel et moi nous confondons en rires et infirmons prestement.

 

Rassurés, pasteurs, pères et fils se délectent et en redemandent. Salut, à toi, Marie-Thérèse !

 

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Widmilord Saintuné

 

Jonas m’a appris le triste décès de Widmilord Saintuné, le petit de 2 ans que j’ai photographié en 2007. Il se serait levé un matin en santé, et serait décédé à 16h. En octobre dernier. Ici, quand un enfant est malade on attend trop tard pour une consultation médicale, faute de gourdes…

 

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Le primaire

 

J’aime me retrouver dans les classes du primaire, sympathique rappel d’amours d’autrefois.

 

Proverbes :

 

Manjé kuit, pa gen mèt. Le manger cuit n’a pas de maître. Sa vlé di : Lorsque la table est mise, on n’a pas le droit de refuser d’ajouter un couvert pour le pauvre. Sinon, l’hôte mourra.

 

Père Fritzer me citait cette sentence : « Ouvrir une école, c’est fermer une prison. »

Papatanm et Saint-Joseph, voilà deux prisons que nous fermons, au sens propre comme au sens figuré.

 

La classe de Maryse

 

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Mireille et Diane

 

Diane Boisvert et Mireille Roy sont arrivées vendredi après-midi, après un séjour de 2 jours à Port-au-Prince pour différentes transactions. Diane œuvre pour Action-Haïti, notre précieux partenaire, alors que Mireille travaille avec Les Artisans de paix. Je ne peux exprimer en mots le besoin essentiel de soutien entre humanitaires : une question de survie pour lutter contre la solitude du coopérant et pour unir nos efforts.

Mireille a de grands projets de coopérative avec des petites couturières qu’elle formera. Pour l’heure, Diane et Mireille consacrent beaucoup d’énergie pour la réalisation de ce projet.

 

Bientôt arriveront André et Yvan, d’Action-Haïti, Simon et Richard, des Artisans de paix, et Pierre Lambert, un quatrième membre pour Projets-Maryse. Imaginez le party !

 

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Le coût de la vie.

 

Marie-France, ma lessivière, me disait qu’en 1990, on payait pour son bébé 15 $ HT pour une marmite (128 oz) de lait en poudre, soit 2,50 CAN ; aujourd’hui, la même marmite coûte 250 $ HT, soit, 41,70 CAN. Les salaires n’ont pas augmenté.

 

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Le créole

 

Le créole est une langue de circonlocution, c'est-à-dire une langue imagée où on ne dit pas directement ce que l’on pense : on tourne autour du pot, et longtemps. L’Haïtien est un homme prudent : il a connu le fouet. Cette sagesse aura marqué son idiome. Aujourd’hui, elle affûte la patience du coopérant.

 

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Visite de l’école Saint-Joseph de Laporte.

 

Je ne pourrai te raconter en si peu de mots l’expérience vécue. L’école Saint-Joseph est une belle réalisation, tout en animant chez moi une réflexion philosophique, et une connaissance de l’être humain. Pendant mon séjour, j’ai vécu des moments de plénitude. L’école Saint-Joseph  me ressemble.

 

5h45, le départ ; 10h15, l’arrivée. Avec le père Fritzer et ses séminaristes, nous formons un groupe de 5, excluant les 3 mulets qui ont la sollicitude de transporter notre matériel. Après 3h20 de marche sur des sentiers montagneux, on aperçoit la jolie église-école.

 

À notre arrivée, un jeune homme sonne à bout de corde une cloche heureuse pendant 10 minutes, pour saluer l’arrivée du dignitaire. Étant une desserte éloignée, Laporte ne bénéficie de la visite du pasteur que trois fois l’an. Les paysans s’amassent autour de leur curé. On se croirait acteurs en Haute-Provence, dans un film de Marcel Pagnol ou un roman de Giono. C’est touchant.

 

Au presbytère, le directeur de chapelle nous désigne à Fritzner et moi la grande chambre : deux lits, un double, l’autre, une couchette. Sans hésiter, le père m’offre le grand lit. Je refuse. Il insiste. Entêtés, nous finirons par coucher par terre tous les deux. Enfin, je lui explique que les paroissiens tiennent à offrir ce qu’ils ont de mieux à leur prêtre. Fritzer abdique. Dommage pour moi…

 

En après-midi, je prépare le mot que m’invitera à prononcer le prêtre à la fin de la célébration. Tout en créole ! Puis, je vérifie les livres et le matériel achetés l’an passé. Surprise ! Non seulement sont-ils soigneusement déposés sur une table, mais les titres sont répertoriés dans un registre ! Même le ballon, malgré les nombreux coups de pieds, roule toujours. Plus tard, je vérifie les registres de présence afin d’analyser la clientèle.

 

Après une petite randonnée sur un sentier muletier, d’où l’on aperçoit la mer entre deux seins de montagne, je découvre Yveline et Yvenson, les enfants d’Yves, (si, si,) en train d’écosser des pois Congo. Je les rejoins et me mets à la tâche. Pas si facile que ça ! J’essaie de fendre la cosse, je la retourne, je pèse sur le papillon, écrase les graines. Les pois refusent de sortir.

 

Les enfants s’amusent de mon insuccès. On m’enseigne. Second essai : encore raté ! Premier constat : les pois sont plus faciles à manger qu’à écosser, d’autant plus que certains, relativement chiches, pa vlé fè manjé li (ne veulent pas se faire manger). Cette réflexion hautement philosophique attise le rire de mes jeunes camarades.

 

Samedi soir, je déballe les casse-tête de douze pièces fabriqués en bois; leur niveau de difficulté : 3 ans et plus. Yves et Guy, deux instituteurs, n’en avaient jamais vu. Guy, ne réussira pas à l’assembler… Je l’aide. Une heure plus tard, il attaque le puzzle de 24 pièces.

 

La célébration du dimanche est animée d’une joie collective Les paroissiens heureux remplissent l’église. Timides, certains demeurent sur le parvis. Le directeur de chapelle s’empresse de les faire rentrer. La chorale s’anime au rythme commandé par Guy, le tambourineur. L’assistance bat la mesure avec les mains, parfois une mélopée, parfois un Kompa (meringué haïtien).

 

À la fin de la cérémonie, le curé m'invite à m’adresser à l'assistance. « Depuis 2 ans, grâce à de généreux donateurs, nous avons rouvert l’école : 68 élèves la fréquentent, sinon nos enfants travailleraient aux champs », précise-t-il.

 

Je connais par cœur mon texte, préparé la veille et corrigé par Jean-Paul, mais j’ai tout de même apporté le brouillon.

 

« C’est mon quatrième passage dans votre hameau, mais c'est la première fois que j’ai le plaisir de vous rencontrer, articulé-je dans mon créole endimanché. M'genyen ké Kontan, anpil, anpil ! »

 

Surprise, l'assistance d’abord saisie et gênée s'esclaffe, se cramponne, se bidonne. Bien que sympathique, je trouve toute de même la réaction insistante.

 

Je poursuis sur les mérites de l'éducation, citant Nelson Mandela : « L’éducation, c’est l’arme la plus puissante pouvant transformer le monde ! » On se sèche les yeux, on écoute religieusement. Sans rires.  Bof ! mon créole n'est pas si mal, je pense, suspect.

 

Après la cérémonie, je demande à Emmanuel, le servant de messe pourquoi les gens se sont bidonnés au début de mon allocution, puis ont écouté avec beaucoup de sérieux.

 

Le garçon bredouille, sourit : « Mwen pa savwè. »

 

Je demande au séminariste : même réponse, mais le sourire est nettement plus franc.

Enfin, le curé m’explique : « Tu as dit : « C’est mon quatrième passage dans votre hameau, mais c'est la première fois que j’ai le plaisir de vous rencontrer. Puis, M'genyen Kontant anpil, anpil ! ».

 

-          Jean-Paul avait tout corrigé.

 

-          Non, il fallait dire : « M’genyen Kontant anpil, anpil!. »

 

 À cause d’un tout petit accent, au lieu du coeur très très content de les voir pour la première fois, c'est ma queue qui  s’est excitée ! ?!  (kè = cœur ; ké = queue)

 

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Johnly

Lundi matin en me rendant au boyau pour me laver, je rencontre un jeune garçon qui va quérir son boki d’eau. Gentil, il m’aide à descendre la sente escarpée. Je lui demande s’il fréquente l’école, il répond par la négative. Je l’invite à venir me rencontrer au presbytère avant le début des cours.

 

Yves m’explique. Johnly arrive de Port-au-Prince où une tante et un oncle le traitaient en restavek[2]. À l’école, l’enseignant le battait.

 

Quinze minutes plus tard, intimidé, Johnly entre dans la cuisine. Quatre adultes sont assis devant lui. Je le prends par la main, doucement, attrape au vol un livre de lecture, et m’assois avec lui sur un banc d’école. Je lui tends le livre et l’invite à le feuilleter à admirer les images. Puis, on identifie des lettres, des syllabes, des mots. Le petit aime lire, ses yeux brillent de plaisir.

 

« Si tu veux, reviens à 8h. Demain, tu décideras de ton retour ou non. Pas besoin de cahier, pas besoin de costume scolaire, pas besoin de souliers. »

 

À 8h précises, Johnly fait son entrée. Propre, fier, il porte le joli costume bleu de son école antérieure.  Je l’accueille et l’assois dans la classe de 1ère. Mardi matin, Johnly est de retour, le sourire aux lèvres.

 

Je ne serais venue à Laporte que pour Johnly, que déjà c’en eût valu la peine !

 

Classe de Irene

 

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Le départ de Laporte

 

Je demande à Yves de m’accompagner jusqu’au col du Dos d’Âne. Même si la pluie a cessé, elle aura transformé le sol argileux en gadoue glissante, et les pentes se font raides.

 

Surprise ! Tous les élèves de l’école m’attendent depuis une heure à l’extérieur. Ils m’entourent en gambadant, heureux.

 

Pendant la randonnée, leur cœur naïf chante La mère Michel, Le Roi, sa femme et son petit prince, Le Do de la clarinette… La Provence me rejoint, Giono et Pagnol itou.

 

Vraiment, à l’école Saint-Joseph dans les montagnes de Laporte, nous atteignons l’inaccessible étoile !

 

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Partie 2

 

Fin août 2008, je retrouve Haïti, la chaleur, la poussière, mais aussi la mer turquoise et limpide où il fait bon se délasser et se prélasser pour se rafraîchir le corps et se régénérer l’esprit.

 

Refaire un plein d’énergie avant de se consacrer à la rentrée scolaire prochaine et vérifier que tous nos parrainés, une centaine, recevront bien tout le nécessaire pour commencer une nouvelle année dans les meilleures conditions : uniforme, chaussures, cartable, cahiers, crayons, livres. Les frais de scolarité sont versées directement aux écoles, comme cela, nous sommes sûrs que l’argent ira où il doit aller et qu’il n’empruntera pas des chemins tortueux ou imprévus. L’encadrement étroit avec un balisage rigoureux est l’une des conditions de réussite dans un pays où la moitié de la population vit avec un dollar US par jour, et où la moitié des enfants ne sont pas scolarisés, faute de moyens. Rappelons que l’école n’est pas gratuite ici, et que les frais de scolarité directs annuels, différents selon les écoles, varient de 75 $US à 200 $US auxquels il faut rajouter l’uniforme, les chaussures, les livres et les cahiers. Pour le secondaire, il faut prévoir 25 % de plus.

 

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Gustav

 

Le temps de bien se préparer à affronter le stress de la rentrée prévue pour le 01 septembre, et Gustav vient nous frapper de plein fouet le 26 août. Petit ouragan de force 1 (sur une échelle de 1 à 5) avec des vents en rafales de seulement 120 à 130 km /h pendant une heure ou deux. Suffisant pour coucher un bananier sur deux, et déraciner quelques arbres. Tout cela accompagné par une pluie tropicale de plusieurs heures – il est tombé environ 70cm ou 2 pieds et demi d’eau – qui va inonder toute la campagne et balayer de boue toute la zone côtière. Plus de la moitié des petites maisons – les kays – sont envahies par la boue et l’eau. Les gens, surpris par l’ampleur des événements – de mémoire de vieillard, c’est la première fois qu’un phénomène de cette importance se produit dans cette région – n’ont pas eu le temps de mettre à l’abri les quelques biens qu’ils possèdent et se retrouvent encore plus démunis.

 

Les jardins sont détruits à 80 %, les animaux (cabris, cochons) qui devaient être vendus pour payer la rentrée scolaire ont été emportés par les flots (les volailles ont pu voler et se réfugier sur les arbres). Le lendemain, c’est la désolation : plusieurs kays (habitations locales) détruites, de nombreuses autres endommagées (elles sont construites avec une armature en bois et les murs sont montés avec un mélange de terre et de chaux). Dans toute l’agglomération, seulement une dizaine de morts, mais de nombreux dégâts.

 

Forte inflation sur les fruits et les légumes, la rareté de l’offre ayant fait monter les prix brutalement. Mais l’heure, pour la population, est plus au nettoyage, au sauvetage de ce qui peut l’être, et aux réparations, de fortune pour la plupart, ou plus traditionnelles pour ceux qui ont un petit peu d’argent (achat de quelques tôles et de quelques poches de ciment : une tôle =  5$US, un sac de ciment = 9$ US, une fortune pour beaucoup d’entre eux).

 

De nombreuses pompes ne sont plus fonctionnelles, les canalisations ayant été détruites, les gens doivent aller chercher l’eau encore plus loin, ou retourner à la rivière pour se laver, laver le linge, la vaisselle, puiser l’eau,….De nombreuses latrines se sont effondrées à cause des glissements de terrain et ne sont plus opérationnelles.

 

On se retrouve en situation de crise. Il faut faire face aux besoins basiques les plus pressants : nourriture, médicaments, vêtements, réparations de kays, mais surtout les pompes, les canalisations pour faciliter l’accès à l’eau, une eau de meilleure qualité, même s’il est fortement recommandé pour un blanc de ne pas boire cette eau.

 

Enfin, la rentrée scolaire a lieu avec 5 semaines de retard. Nos parrainés sont là avec leur cartable neuf, leurs chaussures et leur uniforme. Ce n’est pas le cas pour tout le monde. Gustav a laissé des traces peut-être plus profondes que nous le supposions. En montagne, la fréquentation est de 50 % par rapport à l’an passé pour les enfants qui ne sont pas parrainés, en ville la baisse est moins importante, mais quand même significative. L’argent perdu lors du cyclone fait cruellement défaut. Les directeurs pensent que les élèves seront plus nombreux au 2ème trimestre. Mais pour quels résultats? L’année scolaire a été ramenée de 10 à 9 mois, mais le programme n’a pas été réaménagé. Que penser d’une fréquentation ramenée à 6 mois ? Pour de nombreux enfants, ce sera une année de perdue, car ils ne pourront pas faire en six mois un programme prévu sur dix mois, et pour beaucoup, ce sera une année sans école.

 

L’incidence de la baisse de fréquentation est dramatique sous un double aspect. Celui des enfants qui ne vont pas à l’école et qui vont perdre une année, et pour les écoles, car leur financement dépend directement des frais de scolarité payés par les parents. Donc moins d’écolage, c’est moins d’argent pour payer les enseignants. Ce qui veut dire que certains salaires seront revus à la baisse. Rappelons ici que les enseignants sont payés seulement les mois d’école, habituellement 10 mois, cette année seulement 9 mois, et que le salaire mensuel moyen d’un enseignant varie de 40 à 80 $US. 

 

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Cabri

 

Cet après-midi, il a plu, et ce soir, on vient de m’apporter un petit cabri de deux mois. Il est très mal. A-t-il pris froid avec la pluie ? A-t-il mangé quelque chose de nocif ? Pourtant, les chèvres ont la réputation de tout manger ou presque, et c’est vrai !

 

17h30. Je l’ai allongé dans une couverture pour le réchauffer. Pendant ce temps, je dilue un antibiotique dans un peu d’eau et au moyen d’une seringue sans aiguille, je lui fais ingurgiter sa potion au fond de la gorge. Une heure plus tard, il a l’air de réagir. Je lui donne un peu d’eau sucré pour ne pas qu’il se déshydrate.

 

19h. Il dort. Passera-t-il la nuit ? Il a l’air tellement fragile. De plus, je ne sais pas ce qui a pu le mettre dans cet étSauter comme un cabri! Belle expression française pour parler de quelqu’un qui est vif, plein d’entrain et de vie. Et c’est tellement vrai. Il faut les voir tous ces petits cabris qui, à la naissance, sont bien maladroits sur leurs pattes qui paraissent un peu trop grandes pour eux, et qui, un mois plus tard, sont sautillants, bondissant de roche en roche, joueurs, espiègles et profondément sympathiques. Sauter comme un cabri ! Celui-ci le pourra-t-il à nouveau et jouera-t-il encore avec son frère ou sa soeur ? La  nuit va être longue….

 

22h. Il bouge un peu et répond faiblement à l’appel de sa mère, couchée avec son autre petit à quelques mètres. La mère est inquiète, comme toutes les mères.

 

Minuit. Il dort toujours, sa respiration est lente et régulière, il réagit un peu.

 

02h. Il remue. Il bouge la tête. Je suis avec lui, je lui prends la tête dans mes mains pour qu’il sente ma chaleur. Il me regarde. Un spasme. Et puis, c’est fini. Il est parti gambader dans les prairies éternelles. Il est mort dans mes bras. Je n’ai pas réussi à le sauver.

 

Je le recouvre d’une couverture et vais me coucher. La nuit va être plus longue que je ne pensais !

 

Abattu, je n’arrive pas à dormir et médite sur mon impuissance à lutter contre la misère endémique qui sévit dans ce pays. La faiblesse de nos moyens en est-elle la cause ?

 

Je n’ai même pas été capable de sauver un cabri et je veux aider à soulager l’humanité ! Quelle ironie ! Je bâtis des écoles, j’interviens en urgence dans des situations de crise, je répare des puits, je distribue de la nourriture et des médicaments, et je ne suis même pas capable de sauver un cabri! C’est mon premier échec. Je le vis mal. Non par orgueil, mais comme un signe de l’inanité des choses. Pour la première fois, je doute.

 

Je doute de mon rôle. Je doute de ma mission. Je doute de son but. Je doute de moi. Faisons-nous fausse route? Notre présence et nos actions sont-elles vraiment utiles ?

 

La réponse est dans le regard des enfants et la reconnaissance des parents. Oui, notre présence et nos actions sur le terrain sont plus qu’utiles, elles sont indispensables, malgré la petitesse de nos moyens

 

05h30. Je n’ai pas pu dormir. Ai-je fait tout ce qu’il fallait? L’aurore est là avec les premières lueurs du jour. La mère se réveille et appelle son petit. Les sanglots longs résonnent désespérément dans le jour naissant en espérant un écho qui ne viendra pas. La mère insiste, insiste. Sans succès.

 

05h45. Je me lève. Je n’en peux plus. Je me prépare un café. Puis je décide d’aller voir la mère et lui expliquer que je n’ai pas pu sauver son petit. Démarche surréaliste. Cela n’a sûrement pas aidé la mère, mais m’a permis d’extérioriser et d’expulser un surcroît d’émotions. Pour cette fois, la carapace a craqué. Fragilité de l’être….sub specie aeternitatis.

 

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Freda

 

Aujourd’hui, on a reçu Freda, une jeune mère de famille : 20 ans, une fille de 5 ans, des jumeaux d’un an. Deux pères différents. Pas de mari, évidemment ! Situation classique en Haïti. Elle vit chez sa tante, qui a ses propres problèmes et ne veut plus l’héberger. Elle cherche quelque chose à affermer (à louer).

 

C’est sûr, ce n’est pas l’hiver québécois avec ses -30 degrés.

 

La nuit, ici, la température tombe à 19/20 degrés. On dort bien. Quand on a un toit !

 

Elle a trouvé une demi-kay. Une pièce en dur avec un bon toit qui ne fuit pas. 9 pieds par 9 pieds. Juste un lit. Pas d’eau, pas d’électricité. Pas de meubles. Mais quand même le bonheur !

 

Le loyer pour six mois : 500 dollars haïtiens (80 $ canadiens) pour permettre à une famille de vivre au sec pendant 6 mois. On a payé.

 

Pour manger, elle devra se débrouiller. Elle nourrit les jumeaux au sein.

 

Mais qui nourrit la mère ?

 

Misère, détresse…

 

Et dans 6 mois, à la saison des pluies, où ira-t-elle ?

 

Changez la vie ?

 

Un toit à l’année : 150$ canadiens/an – un sac de riz ou de maïs (blé d’inde) de 50 livres : 35$ canadiens. C’est la ration mensuelle d’une famille.

 

Ceci n’est qu’un exemple de ce que nous vivons au quotidien.

 

On aide au coup par coup, dans l’urgence du moment.

 

Dans quel état de santé retrouverons-nous les jumeaux dans 6 mois ? Et la mère ?

 

De toute façon, s’ils sont malades, elle ne pourra pas payer les médicaments.

 

Misère, détresse…

 

On lui a donné un coup de pouce. Survie !

 

Quelqu’un prendra-t-il le relais pour aider dans la durée ? Espérons-le….

 

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Le café du matin

 

Ce matin, au moment du café, Antonio est venu avec un morceau de chocolat noir d’une tablette qu’il a apportée du Québec. Plaisir ineffable ! Geste, Ô combien banal chez nous, machinal. Mais ici, quel régal. Finalement, on apprécie vraiment que ce qui nous manque. On finit par ne plus voir ce que l’on a tout le temps sous les yeux, ni aimer ce que l’on a tout le temps sous la main.

 

Pourtant, rien n’est jamais acquis, ni les choses, ni les gens.

 

Voilà le genre de petite phrase que l’on devrait méditer plus souvent, et faire le nécessaire pour entretenir la petite flamme. Il est beaucoup plus facile d’entretenir la flamme que de rallumer un feu. Souvenez-vous de « La guerre du feu », film admirable de Jean-Jacques Annaud.

 

En savourant mon morceau de chocolat, sur la terrasse, face à la mer, alors que le soleil se lève sur les mornes et que le ciel rosit, tout comme sur les toiles haïtiennes du musée d’art naïf de Magog (www.museedartnaif.com), je repense à Jose Marti, le grand poète cubain :

 

Un grain de poésie suffit à parfumer tout un siècle.

 

Mmmm ! Ce chocolat, quel parfum ! À chacun son empyrée.

 

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« Mère Teresa »

 

J’ai déjà évoqué le volet le moins spectaculaire de notre action : Urgence-Aide.

 

Urgence-Aide, c’est le creuset de toutes les détresses. Le confessionnal de la misère. Chacun vient y confier ses problèmes, petits ou grands. C’est avec ce volet que l’on comprend le mieux la réalité de toutes les misères vécues au quotidien, car là, on touche le peuple directement au cœur. Le paraître est tombé. Tu as accès à l’être, dans toute sa nudité, sans accessoire, sans décor, sans falbala, sans maquillage.

 

Mère Teresa. C’est ainsi que les Blancs ont surnommé Maryse avec une certaine ironie.

 

Mais c’est vrai que Maryse a un côté Mère Teresa.

 

Et il le faut bien. Pour écouter avec patience et compassion toute cette détresse, parfois cachée, ensevelie sous la honte.

 

C’est la vieille femme décharnée dont on devine les os des jambes sous la peau. On a vraiment l’impression que si elle tombe, le squelette va se désarticuler et les os s’éparpiller. On se demande même comment elle arrive à marcher. Que veut-elle? Un peu d’aide pour manger. « Je n’ai rien à manger Mâame Ma’yse. J’ai besoin de prendre des médicaments, et pour les supporter, je dois les prendre en mangeant. Je n’ai rien à manger et cela me rend malade. J’ai mal ». La détresse absolue. On lui donne un peu de médicaments contre la douleur, et un peu d’argent pour manger. Un cas parmi d’autres, beaucoup d’autres.

 

Mère Teresa. Comment expliquer, raconter, que l’on soulage, en toute discrétion, mille petites misères, et quelques grandes détresses.

 

Tout ce que fait Maryse, cela ne se voit pas, surtout pour les généreux donateurs qui font confiance à Projets-Maryse pour qu’elle utilise leurs dons selon son bon vouloir.

 

Rassurez-vous braves gens. Je peux vous certifier, pour avoir souvent travaillé ce volet avec elle, que pas une cenne n’est distribuée sans une bonne raison. Votre argent est utilisé de la meilleure façon qui soit. En toute discrétion, mais avec grande efficacité.

 

D’ailleurs, il suffit de voir l’attitude de la population quand Maryse se déplace dans la communauté pour comprendre. C’est Mère Teresa, enfin, presque….

 

« Tout le monde a une mission dans la vie : un don unique ou un talent spécial à offrir à autrui. Lorsque nous mettons ce talent au service des autres, nous connaissons l’élévation et l’exultation de notre propre esprit, qui est le but ultime de tous les buts ».

 

Une lectrice m’a fait parvenir cette phrase pour me dire comment elle ressentait notre travail. J’ai trouvé cela tellement juste que je n’ai pu résister à l’envie de la mettre dans ma narration.

 

Quand je vois Maryse faire son travail, je me dis qu’effectivement, c’est ce qu’elle doit ressentir.

 

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Les mangues

 

C’est la saison des mangues et la récolte a commencé voici quelques jours. C’est comme le temps de la cueillette des pommes au Québec. Seulement, imaginez ! Des arbres qui font 60 pieds (20m) de haut. Dans chaque arbre, une personne qui saute de branche en branche et qui secoue pour faire tomber des centaines de mangues. Des centaines de mangues par arbre. Des centaines de manguiers. Anpìl mango! Beaucoup de mangues ! Qui sont ramassées et placées dans des paniers ronds tressés de 2 pieds de diamètre

 

Puis tous ces paniers pleins de mangues se retrouvent soit sur les marchés de la région, soit dans des camions pour être revendus à Port-au-Prince, et quelques-uns exportés.

 

L’hiver passé, j’ai trouvé des mangues d’Haïti au marché Atwater! Si! Si! C’est vrai! Leur goût n’a rien à voir avec les mangues du Mexique, du Costa Rica ou d’ailleurs. C’est différent. Après, c’est une question de goût personnel. En plus, en Haïti, il y a plus de soixante sortes de mangues différentes. La plus courante est la mangue ordinaire, la mango fil, celle que l’on trouve sur tous les terrains. Mango fil, car elle est filandreuse. L’une des meilleures est la francique, plus grosse, plus juteuse, plus goûteuse, plus chère aussi. Donc moins courue de la population. On trouve quelques manguiers avec des franciques, mais beaucoup sont issues de greffes.

 

Un groupe de marchandes

 

Le manguier est une bénédiction pour la population. Il nourrit les gens avec ses fruits, il donne de l’ombre pour faire un petit kabicha (sieste), son tronc pour faire des pirogues et des planches. L’une de ses particularités, c’est que sur un même arbre tu trouves à la fois des fruits et des fleurs pour la prochaine récolte.

 

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Le café pays

 

C’est comme le café. Ah! Le café pays! Un vrai café, pur arabica. Sans doute, l’un des meilleurs au monde. Vous avez le choix. Soit acheter des paquets de café « industriels », soit faire acheter des grains de café au marché, et les faire torréfier « maison », grillés avec du sucre pour avoir une belle couleur brune, puis écrasés au pilon pour obtenir une mouture fine. Aucun traitement chimique. Vous buvez une, puis deux, voire trois tasses, et votre cœur ne  bondit pas dans votre poitrine. Naturel, donc pas d’effets secondaires. Très peu de caféine, comme tous les arabicas. Et quel arôme ! Les gens ici le boivent très fort et bien sucré. Sans lait. Quelquefois, un bouchon de rhum Barbancourt dans la tasse.

 

Même les amateurs de thé reconnaissent la qualité de ce café (avec ou sans rhum).

 

Quand on pense qu’Haïti était l’un des grands pays exportateurs de café il y a un demi-siècle. Et puis il y a eu la crise du café, organisée par des spéculateurs sans scrupules (pléonasme?). La ruine pour toute une industrie, des régions, des milliers de paysans. Tout cela, pour privilégier des pays « plus souples et plus malléables ». Pour ceux et celles qui seraient intéressés par cet épisode, Dany Laferrière le raconte très bien dans l’un de ses récits dans lequel il narre ses souvenirs de prime jeunesse à Petit-Goâve : « L’odeur du café ».

 

Le café de la région des Palmes, selon sa grand’mère, est le meilleur. À cette époque, un gros bateau venait à Petit-Goâve pour embarquer tout le café de la région et l’amener en Italie.

 

Au sujet des caféiers, il faut savoir que ceux-ci, des arbustes de moins de 10 pieds (3m), ne poussent qu’à l’ombre d’arbres plus grands, comme les manguiers. Ils donnent de belles baies rouges desquelles on extraie la graine verte (le grain de café).

 

Le café, tout comme les vins, se décline en crus, c’est-à-dire, leur provenance. Chaque terre donne ses propres caractéristiques et chaque grain est un concentré de toutes ces saveurs, ces odeurs, ces parfums. La torréfaction ne servant qu’à exacerber et mettre en valeur toutes les qualités du grain de café.

 

 

[1] Censeur : en Haïti, directeur-adjoint, responsable de la pédagogie.

[2] Restavek : enfant traité en serviteur, parfois en esclave.

 

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